mercredi 17 décembre 2008

Hommage à la brigadière

Je la vois chaque lundi en revenant de mon cours de guitare.

Elle fait le guet à l'intersection Roy et Drolet et fait traverser les enfants de l'école en face. Elle a un petit visage rond, sympathique et qui nous oblige à lui sourire. Un visage de religieuse, dans tout ce qu'il y a de plus noble, presqu'angélique.

Après quelques semaines, je me suis mis spontanément à la saluer et lui sourire. Il faut dire que j'ai un énorme respect pour ces gens qui attendent au coin des rues, pour faire traverser les enfants, des plus dociles aux plus turbulents.

C'est l'un de mes rendez-vous de la semaine. Lorsqu'elle n'y est pas, ça m'attriste. Je m'inquiète même de sa santé. Il y a eu deux ou trois semaines consécutives où elle était absente, peut-être en vacances, j'ai crains la crise d'angine ou la collision mortelle.

Il y avait bien sa remplaçante, mais ce n'était pas pareil. Je la trouvais fade, sans intérêt. Je la boudais. J'imaginais une machination orchestrée pour muter «ma» brigadière sur un autre coin de rue. Près d'une autre école.

J'aime croire que c'est réciproque et que les jours où mon cours est annulé, elle se demande pourquoi je ne suis pas là. Qu'elle s'inquiète même. Un peu.

Nos échanges sont courts. Quelques phrases, des sourires. J'ignore son nom et elle, le mien. Elle me voit parfois avec mon étui à guitare, la plupart du temps, non. Très rarement la conversation se rend assez loin pour qu'elle me demande comment avancent mes cours ou que je lui demande ce qui a marqué sa semaine. Un enfant arrive, on se salue et la semaine s'écoule jusqu'au lundi midi suivant.

C'est mon moment furtif de vie de village en pleine métropole.

Je crois que je vais lui écrire une carte de Noël.

2 commentaires:

Mon nom est François-B. a dit…

t'as débuté ça un peu dramatique : il y a une brigadière qui s'est fait frapper (mortellement) la semaine dernière et je croyais que c'était d'elle que tu causais.

souviens toi du vieil adage : brigadière, moins que demain !

El procrastinator a dit…

Je n'étais pas au courant. «La mienne» était au poste lundi dernier.

Je ne voulais pas être dramatique. C'est un hommage que je lui rends. Tout simplement.